Au-delà du QI : les 8 intelligences qui font votre force de leader

Vous avez sans doute déjà entendu cette formule : il y aurait des « cerveaux gauches », logiques, analytiques et techniques, et des « cerveaux droits », intuitifs, globaux et créatifs. L'image est séduisante. Elle permet de ranger chacun dans une case en un clin d'œil.

Mais elle est bien trop simple. Notre façon de penser et d'agir n'est pas si binaire. Un dirigeant peut bâtir un tableau de bord rigoureux le matin et sentir l'humeur de son équipe l'après-midi. Un manager peut être à la fois rigoureux dans ses analyses et très fin dans sa relation avec chacun de ses collaborateurs.

Pour sortir de cette opposition, une autre grille de lecture existe : la théorie des intelligences multiples. Elle ne vous dit pas si vous êtes « intelligent ». Elle vous aide à comprendre comment vous l'êtes.

La théorie de Howard Gardner, en quelques repères

Howard Gardner est professeur en sciences de l'éducation à Harvard. En 1983, il publie Frames of Mind: The Theory of Multiple Intelligences, traduit en français en 1997 sous le titre Les formes de l'intelligence (Odile Jacob).

Son point de départ : les tests d'intelligence utilisés pour orienter les enfants à l'école. Selon lui, ils ne mesuraient qu'une partie des capacités, essentiellement verbales et logico-mathématiques. Les enfants en échec scolaire méritaient donc d'être compris autrement.

Gardner propose une définition plus large. Pour lui, l'intelligence est « une capacité ou un ensemble d'aptitudes qui permet à une personne de résoudre des problèmes ou de concevoir un produit qui sont importants dans un certain contexte culturel ».

Cette définition change tout. L'intelligence ne se limite plus à réussir un test. Elle se mesure à ce que l'on sait résoudre et créer, dans un contexte donné.

La théorie a évolué dans le temps :

  • 1983 : Gardner décrit sept formes d'intelligence ;

  • 1993 : il ajoute une huitième, l'intelligence naturaliste ;

  • il évoque aussi une intelligence existentielle, qu'il qualifie de « huitième et demie », sans en faire une intelligence à part entière.

Une idée de fond traverse cette approche : notre culture a longtemps privilégié l'intelligence logico-mathématique au détriment des autres, notamment avec la généralisation des tests de QI.

Les 8 intelligences en bref

Voici les huit formes d'intelligence décrites par Gardner. Chacune fait l'objet d'un article dédié dans cette série.

  • Interpersonnelle : comprendre les autres, communiquer avec eux, anticiper leurs réactions.

  • Intrapersonnelle : se connaître, décrypter ses émotions, ses forces et ses limites.

  • Verbale / linguistique : utiliser et comprendre les mots et leurs nuances, à l'oral comme à l'écrit.

  • Logico-mathématique : raisonner, analyser les causes et les conséquences, résoudre des problèmes.

  • Spatiale : créer des images mentales, se repérer, organiser un espace.

  • Corporelle-kinesthésique : utiliser son corps avec précision, apprendre par la pratique.

  • Naturaliste (ou écologique) : observer, classer, comprendre son environnement.

  • Musicale : percevoir et créer des rythmes et des mélodies, être sensible aux sons.

Nous possédons toutes et tous ces intelligences, à des degrés différents. Ce qui nous distingue, c'est leur combinaison : notre profil. De nombreux tests en ligne permettent de repérer ses intelligences dominantes. Aucun n'a de valeur scientifique absolue, mais ils constituent des pistes de réflexion sur sa propre personne.

Ce que cela change pour un leader

On attend souvent d'un leader qu'il excelle partout : analyser, convaincre, écouter, décider, entraîner. Connaître ses intelligences dominantes permet au contraire de diriger avec sa nature plutôt que contre elle.

Concrètement, cela aide à :

  • mieux se connaître, et donc à mieux décider, en sachant ce qui vous porte et ce qui vous coûte ;

  • assumer son style de leadership : un leader très relationnel et un leader très analytique n'embarquent pas leur équipe de la même façon, et les deux peuvent réussir ;

  • comprendre ses collaborateurs : ils n'apprennent, ne communiquent et ne se motivent pas tous comme vous ;

  • constituer des équipes complémentaires : s'entourer de profils qui couvrent les intelligences que l'on mobilise moins ;

  • se développer : une intelligence moins présente peut se cultiver par des activités simples.

Robert Papin, fondateur d'HEC Entrepreneurs, apporte un éclairage parlant. Selon lui, la stratégie relève de l'intelligence « théorique », c'est-à-dire verbale et logico-mathématique. Mais la mobilisation des collaborateurs relève des intelligences interpersonnelle et émotionnelle (Le nouveau manager, Diateino, 2013). C'est ce qui expliquerait que de grands dirigeants puissent être d'excellents stratèges et de moins bons meneurs d'hommes.

C'est là que la théorie rejoint le cœur du leadership. Un leadership individuel solide commence par la connaissance de soi. Et c'est de la diversité des profils, bien comprise et bien utilisée, que naît la puissance d'un collectif.

En résumé

L'opposition entre cerveau gauche et cerveau droit est trop étroite pour rendre compte de nos talents. La théorie des intelligences multiples propose une lecture plus riche : huit façons d'être intelligent, présentes en chacun de nous dans des proportions uniques.

Chacun reconnaîtra ainsi sa manière favorite d'apprendre, de résoudre des problèmes et de créer. Pour un leader, c'est une clé pour mieux se connaître et mieux comprendre ceux qu'il accompagne. Pour aller plus loin, parcourez les articles consacrés à chaque intelligence et voyez celles dans lesquelles vous vous reconnaissez.

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